| Indiscrétion : Installation (2007, 09'30) | |
| court métrage constitué d’images-lumière, d’un environnement sonore, multi-écrans. | Extraits vidéos |
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Conception, scénographie, image-lumière : Xavier Boyaud
Composition musicale, développement informatique: Laurent Ostiz
Consultant à la rédaction : Erwan Defachelles, Magalie Deydier, Sophie Malard
Chargée de diffusion : Julie Noppe
Construction / Atelier du Virolois : Alain Le Beon / Thomas Ramon
Les personnages : Nathalie Menet, Céline Lyaudet, Michel Quidu, Eric Nivel.
Production : Le Crrav, Centre Régional de Ressources Audiovisuelles Nord/Pas de Calais, la Drac arts plastiques, aide à l'équipement
Co-production : Le Fresnoy, studio national des arts contemporains
Résidences : Culture Commune, Scène Nationale du Bassin Minier Nord/Pas-de-Calais, Le Fresnoy, La Makina – Hellemmes
Partenaire : Le Palais des Beaux Arts de Lille
Mécénat : ShowTex, Inventive Showbiz Textiles & Draperies - Belgique
Remerciements : Marie-Aurore d' Awans, Rémy Delva, Benoit Duverger, Jean Christophe Vize, Gérald Dumont.
Lorsque l’on pénètre dans l’espace d’Indiscrétion, une multitude de rectangles lumineux semblent flotter, à des hauteurs et des profondeurs différentes.
Cette mosaïque bleutée s’inscrit au centre d’un cadre plus vaste, qui évoque un castelet de théâtre. Cet ensemble s’anime d’un mouvement lumineux giratoire,
de gauche à droite, dans un rythme régulier. Un mouvement, accompagné de crépitements sonores qui, eux aussi, semblent tourner autour de nous.
Il faut un temps d’adaptation pour trouver ses repères dans l’espace de l’installation. En effet, Indiscrétion joue avec nos sens. Même si la vision a lieu
de manière frontale, comme face à un tableau, on a l’impression que l’œuvre se propage autour de nous, à 360°. Cette sensation est douce, comme dans
un cocon. L’envie de toucher ces rectangles bleus nous prend, car on ne perçoit pas leur mode de fonctionnement. Ils semblent irréels, comme les sons qui les
enveloppent. Puis, cette lumière giratoire laisse place à un resserrement progressif de la composition, qui focalise l’attention sur le rectangle central. La machine nous englobe… La composition s’anime maintenant de soubresauts irréguliers, les vignettes ne sont plus éclairées de manière globale, mais prennent chacune leur autonomie en s’allumant et s’éteignant dans un rythme soutenu. On est hypnotisé, un sentiment de plénitude nous envahit, comme lorsque l’on contemple des espaces infinis. Ces subtils dégradés de bleus profonds évoquent un tableau de Mark Rothko animé. Ensuite, on entend des voix, des chuchotements mêlés à des sons de lucioles. Un visage de femme apparaît dans l’une des vignettes, on ne distingue que son regard, de profil. Un paysage défile derrière elle. Puis, d’autres personnages surgissent, comme s’ils étaient issus de lointains souvenirs. Le sentiment de plénitude a laissé place à la nostalgie. Enfin, on assiste à un élargissement inverse de la focale. La composition entière se dilate, sous l’effet de rayures verticales se déployant depuis un point de perspective lointaine. Ces rayures absorbent les vignettes lumineuses dans un mouvement mécanique, nous plongeant presque dans le noir. Quelques rais de lumière demeurent, fragiles, pour disparaître ensuite sous un filtre opaque. Fin du cycle. La composition initiale réapparaît, prête à recevoir de nouvelles métamorphoses.
« Indiscrétion » s’intéresse aux mécanismes de la perception et à l’interprétation de ces “signaux” émis par notre environnement. L’approche se base sur un constat : à travers l’étendue des perceptions, la mémoire consciente sélectionne des événements, des sensations, pour mettre en forme le souvenir. Que deviennent alors les “résidus” sensoriels captés mais non formalisés par la conscience ? Ont-ils une influence dans la formation du souvenir, sur notre appréhension et notre compréhension du réel ? Que se passerait-il si l’on convoquait le produit de ces perceptions et de ces souvenirs, non plus dans une succession d’événements, mais dans une “mise au présent” globale, une simultanéité ? Peut-être que le détail d’un mouvement, d’une figure, d’une ombre ou d’un geste, révèlerait davantage que le souvenir d’une situation ou d’un événement, affadi par le travail réducteur de la mémoire. La frontalité qui est proposée révèle un travail de profondeur de champ, champs eux-mêmes constitués de petites fenêtres (des vignettes) sur lesquelles s’imprimera la lumière, les images et les ombres. « Indiscrétion » donne ainsi à voir non plus un cadre unique ou la succession des images feraient sens, mais bien une série de cadres contenant des éléments visuels. Ces derniers sont répartis dans un espace plan, mais également dans la profondeur. Le temps du récit dévoile ces images-lumière qui se réorganisent en synchronisation avec l'univers sonore. Le sens surgit au détour d'un mouvement, de la perception d'un geste ou d'une figure toujours fugitive. Les images se font images-temps et images-mouvement car elles convoquent au présent l'idée d'une durée, comme une surface sensible exposée dans l'obscurité, qui capterait le parcours d'une source lumineuse. La dimension figurative des images alterne entre une reconnaissance possible et la dimension abstraite d'un détail dé-contextualisé. Le spectateur a alors la possibilité de se positionner dans un “point de vue idéal”, à travers une perspective donnée, qui reconstitue une image entière à partir des fragments épars.
Le dispositif emmène ainsi le spectateur dans une intériorité au sein de laquelle il fait irruption : ce pourrait être le cerveau, la mémoire d’une personne en particulier ou d’un processus commun, général. Il recherche l’image dont le caractère figuratif expliquera, ramènera à quelque chose de connu, le parcours auquel il s’est exposé. Ce processus d’appropriation relève lui aussi d’une certaine forme d’indiscrétion, tant le déroulé et le sens de l’installation résonne avec l’expérience personnelle du spectateur.
La lumière, cette matière duale, à la fois ondulatoire et corpusculaire, est utilisée bien souvent comme moyen de voir les objets qu’elle éclaire. Mais il est plus rare de la considérer comme une matière première, une matière que l’on pourrait modeler et travailler à l’image d’une terre glaise ou de pigments. La lumière est certes visible quand elle touche un objet, mais elle peut aussi exister par elle même, être auto-générée. Comme le son la lumière est volatile, de passage. Pour la capter et la révéler, il est nécessaire d’imaginer un support pour lui donner forme. Ce support, dans les scénographies acouslumière, n’est pas un écran sur lequel la lumière viendrait s’écraser et que l’on assimilerait davantage à une image, mais une sculpture fabriquée à partir de matériaux capables de la laisser passer, de la générer et d’en garder une trace. Sculpter la lumière, comme matière brute qu’il est difficile d’apprivoiser ; sculpter en la révélant par les traces fugitives qu’elle laisse en traversant l’espace habité d’objets sensibles à la lumière, tel est le rôle de la scénographie. Mais ici les fonctions sont inversées. Les objets de cette scénographie ne sont pas le sujet, on ne les éclaire pas : ils sont utilisés pour voir la lumière, pour la révéler dans l’espace et aux yeux des spectateurs. Si les objets de la scénographie retiennent la lumière, le son, lui, se propage dans tout l’espace de consultation. Par le biais des enceintes, ces projecteurs de son, et des algorithmes de spatialisation, on peut architecturer des espaces sonores et ainsi sculpter l’espace auditif. On se déplace, on visite, on cherche, on est surpris par cette architecture où le son, dans son mouvement, par sa matière, sa texture, donne à percevoir l’espace autrement. Ces projecteurs sonores ne sont pas là seulement pour faire entendre une composition. Ils font partie intégrante de cette composition. Leur position et le matériau sonore qu’ils diffusent sont les éléments compositionnels qui permettent de donner à entendre une architecture où le spectateur s’approprie l’espace. Cet espace sonore vient en contrepoint de la sculpture lumineuse. Parfois il donne du sens à ce qui peut être vu, parfois il participe à la perte de repères. Sculptant lui-même l’espace, le son donne une autre perception, complémentaire, de la sculpture lumineuse. Ensemble, ils donnent à percevoir un espace parcouru par des traces et des trajectoires lumineuses et sonores.
Le spectateur entre dans un lieu fermé qui sera son espace de consultation. L’installation associe lumière, son et scénographie. Elle est constituée de différentes matières lumino-sensibles (c’est-à-dire ayant des propriétés particulières face à la lumière), d’un vidéoprojecteur (source de lumière et d’images-lumière) et d’un dispositif de spatialisation/diffusion du son basé sur une modélisation ambisonique de troisième ordre dans l’espace. Lorsque le spectateur entre dans l’espace d’indiscrétion, il aperçoit tout d’abord un volume décomposé qui flotte dans les airs. La lumière existe dans ce volume et elle évolue lentement. Elle se révèle par son mouvement et par les traces, les reflets, les ombres. Le son dessine des courbes qui matérialise des zones et des limites. Il circule. Nous avançons dans les temporalités d’un organisme vivant, avec une hystérésis propre. Ce dispositif nous amène à imaginer que nous sommes à l’intérieur de l’oeuvre, que nous en sommes les composantes lumineuses et sonores. Il n’y a pas de fin, comme il n’y a pas de début. La réalisation du volume d’Indiscrétion répond également à une autre démarche, qui est celle de la création d’un espace physique à partir d’une conception virtuelle. Modélisé dans l’espace et habillé dans le temps par les images, ce volume n’”existe” qu’en tant que projection concrète, réelle, d’un espace originellement virtuel. Il est la réalisation d’un objet qui n’existe pas.



